KWARKBETON (Béton de fromage frais), Koen Kleijn ((De Groene Amsterdammer, n°26 / 30-06-2010).

(Traduit du néerlandais) 

 



Le sculpteur Etienne Fouchet (1981) a fait partie de la présentation finale de De Ateliers cette année à Amsterdam. Les mêmes oeuvres (et certaines autres) se trouvent maintenant tout l'été à la Maison DescartesC’est toujours bien de revenir une nouvelle fois, vous devriez voir à deux reprises plus souvent; Mahler n’a-t-il pas fait jouer deux fois sa quatrième symphonie au Concertgebouw d’Amsterdam, avant et après l’entracte?

 

Fouchet réalise de grandes oeuvres en bois (structure), plâtre et résine turquoise. Ce sont des volumes imposants, sur piédestaux, qui demandent beaucoup d’espace. Il s'agit de matériaux et des formes obtenues en le travaillant de manière plus ou moins aléatoire. Pensez par exemple à la façon dont un bricoleur maladroit bousille le mur de la cuisine avec des moulures beaucoup trop épaisses, comment s’effondre une petite fenêtre mal maçonnée, ou comment un gâteau au fromage frais habilement préparé s’échappe de sa forme en papier et vient s’étaler sur le sol de la cuisine, lorsqu’il est retiré du frigo. La matière reste identique, stuc, brique, fromage frais, mais elle veut se libérer.

 

Dans toutes les oeuvres de Fouchet se pose la question de l'intérieur et de l'extérieur, de l’accidentel et de l’intentionnel, de « ce qui vient d’abord » et de « ce qui est arrivé ensuite », original ou moulage; brut, net ou altéré. Pour l’expliquer, le mieux est d’aller voir Spine Column, une demi-colonne de plâtre, de trois mètres de haut, un tube ouvert coupé de planchettes horizontales. C'est un modèle très schématique de colonne vertébrale. On dirait plutôt qu’il y avait quelque chose d’autre ici, comme un plâtre autour d’une jambe fracturée, retiré après quatre semaines et abandonné là, vidé de son contenu. Organique et non. Un extérieur sans intérieur.
 

L’oeuvre la plus puissante est Force Attractive III. Elle repose sur un simple socle. Un moule de planchettes, vissées angulairement l’une à l’autre, contenait un grand bac de plâtre, qui a pour ainsi dire glissé et s’est solidifié en prenant des formes qui ont encore quelque chose en commun avec la forme recherchée, mais ont entamé une vie propre. De l’autre côté: une cavitéToute l’oeuvre repose sur son côté. Ainsi, le matériau donne l’impression de se déplacer vers le haut, comme un énorme buste cubiste ou la grande tête du Balzac de Rodin.

 

C’est un hasard amusant que tout ceci soit exposé dans les paisibles salles de la Maison Descartes tandis que, juste dehors, sur le Vijzelgracht, les émules de Fouchet construisent le métro depuis des temps immémoriaux. On y trouve partout la même structure, prête à être remplie de ce béton mou qui a rendu le processus de construction si aléatoire. On dirait que la structure de support rigide qui doit préserver les maisons du dix-septième siècle à côté de la Maison Descartes s’est échappée du cerveau de Fouchet, comme d’un ingénieur artistique qui a appris à tenir compte des aléas des matériaux de construction liquides et des coffrages précaires.
 

Il serait risqué de dire que ce type d’oeuvre n’est pas très avant-gardiste: la méthode et la maîtrise évidente du créateur qui le poussent à se fier à son intuition et à laisser quelque chose se produire, sont avant tout très personnelles et ne cherchent sans doute pas à vraiment à donner une opinion sur le reste du monde. Ce jugement serait erroné: c'est une oeuvre remarquable. Où va-t-elle? C'est comme la ligne Nord/Sud, nul ne le sait…